JC 31
Interview avec le Front Populaire de Libération de la Palestine de Naplouse
Interview avec le Front Populaire de Libération de la Palestine de Naplouse

voir + International - MJC 31 - novembre 2005

Question : Avant de nous parler de la situation et des perspectives actuelles en Palestine, et de nous présenter le FPLP, peux-tu nous remettre dans le contexte par rapport à l’histoire depuis la première Intifada en 1987 ?

A.S. - FPLP : La première Intifada était une révolte de masse, causée par la pression accumulée depuis longtemps sur les épaules des palestiniens.

Dans le contexte d’une situation économique très dure, la mort de 7 employés palestiniens qui ont été assassinés à Gaza a mis le feu aux poudres. C’était le mercredi 9 décembre 1987. Le vendredi suivant, après le salat (la prière du vendredi des musulmans), au camp de balaata à Naplouse, les habitants se sont rassemblés pour protester contre la mort des 7 de Gaza. Ce jour là, il y avait 5 morts, 3 garçons et 2 filles. Le lendemain (le samedi), l’Intifada commençait dans toutes les villes avec des rassemblements et des jets de pierres contre l’armée israélienne. Au début, c’est la masse de la population qui a commencé l’insurrection et non les leaders palestiniens qui l’ont organisée. C’est seulement une fois qu’il y a eu de nombreux blessés et de nombreux morts dans toute la Palestine que les organisations politiques s’y sont impliquées. Ensuite les dirigeants de tous les partis se sont réunis pour tenter de diriger l’Intifada. Les 4 premiers mois, c’est la masse de la population qui s’est progressivement impliquée dans l’Intifada. Ce mouvement de révolte a alors été approuvé dans le monde entier. En réponse aux jets de pierres des palestiniens l’armée israélienne, contrairement à la deuxième Intifada, a eu recours à des armes légères (M16, Uzi, gaz…).

L’intervention de l’OLP dans l’Intifada, a été une des principales raisons de l’avortement de celle-ci. Une deuxième cause qui a joué un rôle majeur dans l’affaiblissement de l’Intifada a été l’assassinat de Abou Jihad (2ème leader de l’OLP, en désaccord avec Yasser Arafat). Il avait été élu et reconnu par tous les leaders palestiniens qui se trouvaient tous à l’extérieur du pays à ce moment là afin de prendre la tête de l’Intifada. Mais celui-ci ne plaisait pas à Arafat.

En raison des pressions économiques et sociales, des conditions de vie misérables, d’un chômage aux alentours de 60 %, du fait que 56% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et des pertes humaines dues aux incessantes incursions de nuit de l’armée israélienne, des palestiniens ont commencé à se lancer dans des attentats suicide.

Pour sortir de cette situation, des propositions ont été faites dans un premier temps à Madrid en 1991. En 1993, les accords d’Oslo (signés par Rabin et Arafat) laissent entrevoir la possibilité d’une auto-détermination des palestiniens, et d’un état. Mais selon moi, c’était une mascarade car il n’y avait pas dans ces accords de frontières bien définies, ni le droit au retour des palestiniens. Il n’y avait pas non plus d’indépendance économique. L’autorité palestinienne qui a signé ces accords n’avait finalement pas de grande marge de manœuvre. Par exemple, les accords signés à Oslo ne permettent pas l’existence d’une d’armée indépendante, et stipulent qu’Israël contrôle la quantité d’armement utilisé pas l’autorité palestinienne. En plus de ça, les Israéliens n’ont pas rendu complètement les territoires aux palestiniens comme prévu dans l’accord.

Entre 1987 et 1994, le peuple palestinien ayant beaucoup souffert d’une situation économique insupportable, les pays arabes n’ayant rien fait pour les aider et une résistance armée n’existant plus, les Palestiniens ont été obligés d’accepter les accords d’Oslo.

L’autorité palestinienne est arrivée en 1994 à Gaza et à Jéricho. Des partis politiques, dont le parti communiste (FPLP), se sont opposés au processus de paix, non pas parce qu’ils étaient contre la paix, mais parce qu’ils voulaient que les résolutions de la communauté internationale précédent les accords d’Oslo soient reconnues et appliquées, ils sont un préalable à tout accord de paix. A contrario, ce qui a été fait par Israël en morcelant le pays en canton séparé par des routes de contournement et des check-points entre chaque ville, va à l’encontre d’une solution de paix.

Les Israéliens doivent se retirer des territoires jusqu’aux frontières de 1967, avec Jérusalem comme capitale, des frontières bien définies, ainsi que le droit de retour des réfugiés. Mais l’autorité palestinienne n’a pas été assez exigeante sur ces conditions et ils ont signé les accords d’Oslo.

Les gens ont eu beaucoup d’espoir pour l’avenir avec la création de l’Autorité Palestinienne, mais malheureusement, rien n’a changé pour eux par la suite. Dans la vie quotidienne des palestiniens, les choses ne sont pas arrangées avec la façon de l’Autorité Palestinienne a exercé le pouvoir, le droit n’étant pas appliqué de la même façon en fonction de qui est riche ou pauvre. Leur rôle était essentiellement commercial, plus que celui de s’occuper réellement des besoins de la population, malgré l’accueil chaleureux qu’à reçu l’Autorité Palestinienne quand elle est arrivée en Palestine - des habitants de Naplouse ont même apporté de la nourriture aux soldats palestiniens qui étaient arrivés à Jéricho. Et cette situation a continué jusqu’en 1999. Toutes ces raisons ont amené les Palestiniens à désespérer. Le vent ne souffle pas toujours dans le sens que le voudrait le bateau.

A partir de 1999, la deuxième Intifada a commencé, mais il y avait d’autres Intifada qui avaient commencé bien avant, en 1995 et 1996, à cause de l’occupation et des contrôles de l’armée israélienne. C’était une honte de signer un accord dans le même temps qu’il y avait encore des colons qui vivaient entre les villes palestiniennes et qui contrôlent le peuple palestinien.

Le nombre de colonies israéliennes a augmenté, et le nombre autorisé de Palestiniens qui pouvait travailler en Israël a diminué.

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Affiche des dirigeants assassinés

Peux-tu nous rappeler brièvement l’histoire de ton mouvement, le FPLP, et nous le situer dans l’histoire de la politique palestinienne ?

FPLP : Le FPLP s’est formé en 1967, mais en né en fait avant en 1958 avec le Mouvement des Nationalistes Arabes, que dirigeait Georges Habache, Ouadi Hadad et Hani Nassar. Après la guerre de 1967, à partir du MNA, il y a eu trois tendances qui ont émergées, FPLP en Palestine, Front Populaire pour la libération d’Oman et le Front National de Libération qui a pris le pouvoir au Yémen. Les idées de ces 3 partis sont venues de Nasser, le président égyptien, et de Constantin El Zourik de Syrie.

En 1967, Georges Habache a lancé le FPLP, et son modèle de défense, différent de celui du Fatah, consistait à détourner des avions et faire rentrer des militants qui ne résident pas en Palestine, qu’ils entraînaient auparavant au Liban. Les activités politiques et militaires du FPLP ont continué jusqu’à aujourd’hui en passant par plusieurs étapes.

Beaucoup d’initiatives ont été prises par le FPLP parce qu’il était en désaccord avec le Fatah, surtout après son départ de Beyrouth en 1982 et le retour de Yasser Arafat en Egypte, et après le boycott par le Fatah des pays arabes engagés dans les accord de Camp David. Mais à l’époque du congrès du FPLP en 1987, le Fatah a rétabli ses relations avec les pays arabes. Bien sur il y a eu l’Intifada, et jusqu’en 1991, c’est Georges Habache qui était le responsable de l’Intifada. A cette époque, Habache a donné sa démission à cause de problèmes de santé, mais le bureau politique a refusé sa démission à plusieurs reprises parce qu’il était considéré comme un dirigeant politique et historique depuis des années.

Au sein du Fatah, tous les dirigeants n’étaient pas tous à fait d’accord avec les choix des hauts responsables de l’organisation qui sont aux commandes actuellement, et il y a eu plusieurs contestations, notamment en 1972 et 1983, car ces mêmes responsables ne respectent pas la démocratie interne. Ils ont une main-mise totale sur l’appareil de l’organisation, à tel point qu’on parle de « main-mise arafatienne ». En effet, Arafat place ses hommes de main de telle sorte que n’importe quelle décision proposée par lui-même soit votée à la majorité.

Georges Habache a refusé que l’Autorité Palestinienne revienne dans les territoires occupés avec les accords d’Oslo, avant le retour des réfugiés.

Qu’est-ce que tu penses des dernières élections qui se sont déroulées dernièrement dans les territoires ? Est-ce qu’elles sont démocratiques ? Est-ce qu’il y a des fraudes ?

FPLP : De mon point de vue, les élections ont été faussées, parce que démocratiquement parlant, chaque citoyen a le droit de voter du moment qu’il est palestinien. Or, seuls les Palestiniens des territoires occupés ont participé au vote alors que la majorité des palestiniens sont des réfugiés au Liban, en Syrie et en Jordanie. Ces derniers n’ont pas voté parce qu’ils ne sont pas considérés comme des palestiniens.

Les élections ont été le résultat des pressions américaines et israéliennes sur l’Autorité Palestinienne.

Nous on sait que la pratique de la démocratie est extrêmement détériorée à l’intérieure de l’Autorité Palestinienne, surtout du vivant d’Arafat car celui-ci avait la main-mise sur la politique palestinienne.

Les Etats-Unis, en échange de la levée du siège sur Arafat à Ramallah, exigèrent sur ce dernier qu’il opère des réformes démocratiques au sein de l’appareil de l’OLP.

Sous ces pressions, Arafat a décidé d’organiser des élections mais on constate beaucoup d’anomalies. Parmi ces anomalies, on peut citer :
- Chaque citoyen a le droit de s’inscrire sur les listes électorales, mais le jour du vote, il ne va pas forcément retrouver son nom inscrit sur la liste sur laquelle il s’était inscrit précédemment.
- Ceux qui sont chargés d’organiser les élections ne font pas partie d’une commission indépendante et les différentes organisations palestiniennes n’y figurent pas. Les organisateurs sont directement désignés par l’Autorité Palestinienne.
- Après la fin des élections présidentielles, les observateurs internationaux ont même constaté que l’AP a annoncé les résultats avant la fin du dépouillement, en donnant une marge gagnante pour Abou Mazen - Mahmoud Abbas. Mais malgré tout, le processus démocratique est nettement mieux qu’à l’époque d’Arafat.

L’élection d’Abou Mazen a été bien accueillie au niveau international et au niveau national car le peuple palestinien a donné sa confiance à Abou Mazen car il a promis de répondre à beaucoup d’attentes, notamment le droit aux retours des réfugiés, le statut de Jérusalem comme capitale. A mon avis ses promesses sont de la poudre aux yeux parce que Israël ne va jamais refaire les erreurs passées, c’est à dire ne pas laisser passer des armes par exemple, qui lui a causé beaucoup de problèmes, comme avec l’Intifada. Donc Tel-Aviv, ne tolérera jamais l’unité des territoires palestiniens - tu ne peux pas venir de Jénine pour arriver à El Khalil, et alors jusqu’à Gaza, n’en parlons même pas. Je pense d’ailleurs qu’il y aura des sanctions israéliennes contre le gouvernement d’Abou Mazen.

Les différentes organisations palestiniennes ont laissé une certaine marge de manœuvre à Abou Mazen pour qu’il opère des changements démocratiques sur les différents appareils de l’Autorité Palestinienne afin qu’elles puissent participer démocratiquement aux élections.

La participation des palestiniens aux élections a été de 46%. Du point de vue de la Constitution, ce taux de participation inférieur à 57% invalide l’élection, ce qui a conduit l’Autorité Palestinienne a modifié la Constitution en portant le taux de participation minimal à 43% pour légitimer l’élection de Abou Mazen.

Je pense que le président palestinien va rencontrer beaucoup de problèmes avec les Israéliens et le Fatah lui-même, et non pas avec les autres organisations palestiniennes, qui au contraire vont l’aider à faire aboutir les promesses et le changement annoncé.

Qu-est ce que tu penses de la construction du mur ? Quel impact a-t-il sur la population palestinienne ?

FPLP : Je pense que le mur est un accord pour définir les frontières. Israël le justifie comme une protection contre les attentats, alors que les attentats sont aujourd’hui plus nombreux qu’avant le début de la construction du mur. En fait, il instaure les nouvelles frontières que veut se donner l’Etat hébreu.

Le mur limite les déplacements de la population palestinienne, il faut faire des efforts considérables pour aller d’une ville à l’autre, en passant par de nombreux contrôles et barrages de Tsahal, l’armée israélienne.

Le deuxième point important est l’annexion de beaucoup de territoires palestiniens à l’aide du mur. Economiquement, c’est un véritable désastre pour les habitants palestiniens. Des milliers d’hectares de terres qui assuraient la survie de milliers de familles, ont été annexés, et aussi autant de travailleurs palestiniens ne peuvent plus venir travailler à l‘intérieur d’Israël. Les nouvelles frontières instaurées par ce mur ne sont plus celles de 1967

Comment envisages-tu les perspectives futures pour la Palestine, et aussi pour le FPLP ?

FPLP : Le peuple palestinien vit toujours sur ses terres malgré tout, et il y restera quelque soit la conjoncture à venir. Aujourd’hui les Israéliens occupent nos territoires. Bien que nous, palestiniens, ayons tendance actuellement à oublier les frontières de 1948, je suis sûr et certain que les générations futures vont reconquérir les territoires pris par la force à leurs ancêtres. Les enfants palestiniens sont nés et vivent dans une violence quotidienne infligée par l’occupation. Ils ne peuvent que grandir avec un sentiment de haine et de revanche, et cela ne peut que constituer une menace permanente pour le sionisme.

Il se peut que la situation se calme entre les deux parties, mais ça ne sera qu’un calme temporaire. Je ne pense pas qu’il y aura la paix dans ce pays car Israël impose l’affrontement. Notre problème avec les Israéliens n’est pas uniquement un problème de terre ou bien d’un village ou d’une ville, c’est un problème d’existence, c’est soit eux, soit nous. Les Palestiniens vivent sur leurs terres. L’Etat israélien est issu d’une organisation sioniste, c’est un amalgame de différents peuples réunis dans un état raciste. Ils n’ont jamais été issus de cette terre.

Le FPLP en tant que parti existe toujours, il a déjà existé, et il va toujours exister. Il est passé par différentes étapes, avec des hauts et des bas. Mais il refuse l’idée de mourir ; c’est comme le communisme, malgré la chute de l’Union Soviétique, la pensée communiste existe et persiste toujours. La pensée du FPLP existera toujours.

Pour le FPLP, est-ce qu’il est encore possible d’avoir des contacts fraternels avec des militants de la classe ouvrière israélienne ?

FPLP : Oui, par exemple, il existe une association juive, (Natori Kaffa), qui conteste la politique sioniste du gouvernement israélien. C’est vrai que cette association est juive, mais elle est contre cette idée de fonder un état raciste qui bafoue les droits du peuple palestinien. Par le passé, il y a eu des rencontres avec le Parti Communiste Israélien (Nakah), avec des associations des territoires d’avant 1948, pour faire progresser les idées.

Les Palestiniens n’ont pas de haine envers les juifs parce qu’ils sont juifs, le problème c’est le sionisme qu’incarne l’Etat israélien. Tout le monde sait comment le sionisme a été créé et dans quel but.

Il y avait une coopération entre les partis de gauche israéliens et les différentes organisations palestiniennes. L’association Natori Kaffa et le PCI (le Nakah) soutiennent l’instauration d’un état palestinien souverain dans lequel les juifs peuvent vivre sans aucun problème. Ils soutiennent l’idée que la Palestine peut être partagée entre les deux peuples équitablement.

En 1982, j’ai participé pendant deux semaines, avec des partis de gauche israéliens, à des rencontres où il y avait des partis de gauche de France, d’Espagne, d’URSS, de Pologne. Tout le monde était d’accord pour la paix et la prospérité en Palestine. Ils étaient contre l’apartheid pratiqué dans les territoires de 1948.

Avec des associations et des comités palestiniens, à l’image de l’association Abnaa El Balad[Abnaa El Balad est une organisation politique légale des Palestiniens qui est active sur l’ensemble du territoire correspondant aux frontières israéliennes de 1948. Elle défend les droits fondamentaux des palestiniens contre l’oppression raciste et prône une solution démocratique au problème palestinien par l’établissement d’un Etat démocratique sur l’ensemble de la Palestine historique] (les Fils du Pays), qui a été en étroite relation avec les partis de gauche, même Israël l’a accusé d’appartenance au FPLP. Abnaa El Balad sont sur le même chemin. Jusqu’à aujourd’hui, il y a toujours des militants de Abnaa El Balad qui sont incarcérés dans des prisons israéliennes.

Beaucoup de militants pensent et croient que l’on peut arriver à une paix durable et à une justice entre les deux peuples. Les juifs sont aussi très touchés dans cette crise parce que le mouvement sioniste les a trahis. Il leurs a promis une terre paradisiaque, de prospérité et de joie, mais la réalité est toute autre. La preuve, depuis le début de l’Intifada, il y a beaucoup de juifs qui ont quitté la Palestine, ce qui a causé beaucoup de tort à l’économie israélienne. Beaucoup de juifs disent qu’ils ne vivent pas en paix et en sécurité, ce qui les contraint à s’exiler. Si vraiment c’était leur terre, ils n’auraient jamais quitté la Palestine. C’est le mouvement sioniste qui a fait germer cette idée d’Israël terre promise.

Par contre, le peuple palestinien a beaucoup appris des exils de 1948 et de 1967. Quelque soit la force d’Israël et sa détermination a chasser les Palestiniens de leurs terres, il ne pourra jamais aboutir. Les Palestiniens préfèrent mourir que céder leur terre.

Interview réalisé par Hubert Prévaud et Matthieu Bérard, MJC Toulouse. Chaleureux remerciements à nos camarades Alaa, Azmaa et surtout Hillal pour leur patient travail de traduction.




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